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Text de Martin de la Soudière dont je vous ai parlé ce soir et qui viendra je l'espere durant le workshop.
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martine TABEAUD
martin de LA SOUDIERE
Les météophiles sont-ils tous des fêlés des records ?
Résumé :
Le besoin d’excès climatiques répond à un type d’ imaginaire que l’on retrouve plus largement dans le rapport aux catastrophes naturelles. A partir des blogs individuels et du contenu de sites Internet de plusieurs associations de passionnés de météorologie, on tentera d’établir des constantes dans leurs attentes en matière de chiffre météorologique témoignant de l’exceptionnel, du jamais vu. On rapportera ensuite ces anomalies à la définition d’une norme en climatologie, avant que soit esquissée une interprétation d'ordre psychologique de ce type de passion (très française peut-être ?).
Secrètement, à part soi, sans l'avouer, ou au grand jour, explicitement, l'excès, avouons-le, le drame, le tragique exercent sur nous une fascination très particulière - malsaine, parfois. Le temps qu'il fait est là qui alimente cette inclination, ou plutôt, justement, le temps qu'il ne devrait pas faire, les météos imprévisibles ou excessives. Ces situations permettant et s'offrant à la mesure, nombreux sont ceux qui tombent dans le piège des chiffres et les fétichisent. D'autres encore en font collection, en gardent la mémoire par internet, les proposent et les échangent sur leurs blogs. Quelle interprétation le chercheur peut-il en proposer ?
Le chiffre en science météorologique
Les nombres servent à décrire une réalité complexe et changeante : le temps qu’il fait. Et cela depuis que la météorologie est devenue une science au XIXe siècle. Elle s’est construite sur des principes d’évidence, de démonstration et d’expérimentation, avec l’arrière pensée permanente d’éliminer progressivement le subjectif. Le nombre est devenu le descripteur unique de la réalité atmosphérique. Avec des appareils de mesure standardisés comme le thermomètre, le pluviomètre, le baromètre, etc., il est possible de mesurer.la température, la pression, la quantité d’eau tombée lors d’une averse, etc. Avec les statistiques et les probabilités, on a su compter, calculer, déchiffrer, dénombrer, estimer… Après Pascal et Fermat, ces méthodes mathématiques vont se perfectionner au XVIIIe siècle avec des savants comme les frères Bernoulli et leur loi des grands nombres, avec Condorcet. D’autres comme les Cassini puis Pierre Simon Laplace et Ramond vont transformer les objectifs de la mesure météorologique en mettant en avant la comparativité des enregistrements, y compris dans des conditions très dissemblables. La météorologie par le chiffre s’affranchit de la diversité des territoires.
Mais il ne faut pas fétichiser le chiffre, ce n’est qu’un descripteur. La marge d’erreur de la mesure n’est en principe jamais mise de côté. Elle fait partie de la mesure car elle dépend de l’appareil. Plus il est récent plus il est performant, c’est particulièrement le cas des anémomètres. L’étalonnage est également très important : un thermomètre doit périodiquement être vérifié pour assurer la correspondance du O° et du 100° avec les changements d’état de l’eau à pression normale. Enfin, le site de mesure compte beaucoup puisqu’un effet d’abri par un immeuble changera la température de l’air et même sa mobilité… Donc à toute mesure est adjointe la valeur de la marge d’erreur. Pour un thermomètre en usage aujourd’hui dans les stations normées de l’Organisation Météorologique Mondiale (OMM) c’est 0,2 °C.
Mais une donnée ne signifie rien ou presque. Le plus souvent, une donnée ponctuelle sert à fabriquer une moyenne départementale, régionale, nationale, mondiale. Alors se pose le problème de l’échantillonnage. Par exemple, les 10 932 stations de l’OMM qui servent à calculer la moyenne planétaire, sur laquelle on s’appuie pour parler de réchauffement de la planète sont pour plus des trois quarts dans l’hémisphère nord, à plus de neuf sur dix sur les continents alors que la planète c’est 72% d’océans ! Cette inégale répartition ouvre une brèche permettant de discuter de la pertinence de données moyennes annuelles obtenues.
« Les chiffres ne mentent pas ce sont les manipulateurs qui chiffrent » dit-on… Et emporter la conviction peut passer par des transformations ! Prenons l’exemple de la teneur en CO2 de l’air. Avant la Révolution industrielle le CO2 aurait été stable autour d’une teneur en volume dans l’air de 0,028 %. Une teneur bien petite pensera-t-on ? La multiplier en changeant d’unité permet de lui donner de l’importance. 0,028% est devenu 280 ppmv. Cette nouvelle unité sera celle des modèles climatiques qui chiffrent les concentrations en 1958 à 315 ppmv, puis 330 ppmv en 1974, 360 ppmv en 1995, 381 ppmv en 2006, etc. Comme la marge d’erreur de tout appareil de mesure de CO2 est de 20 ppmv, nous sommes passé depuis 1850 de 0,028 à 0,038 % + ou – 0,002 %. La méthode qui consiste à changer d’unité pour établir un record est banale. Prenons l’exemple du vent. Que vaut une comparaison entre des vents instantanés forcément plus rapides que des vents moyennés sur 3, voire 10 minutes, sur une heure … Au final, la comparaison perd de sa pertinence. Mais on a démultiplié les possibilités de records.
Pour éviter cette dispersion, la météorologie scientifique a défini une norme, nécessaire pour situer l’a-normal, l’exceptionnel. Pour définir des valeurs de référence, la série de données doit être pluriannuelle afin de gommer les valeurs rares mais doit aussi tenir compte de l’évolution permanente du climat. L’OMM a donc choisi des périodes de 30 ans comme suffisantes et satisfaisantes. La valeur moyenne de toute grandeur sur une telle période est appelée « normale climatologique » en ce lieu pour ladite période. L' OMM recommande de choisir les périodes telles que 1901-1930, 1931-1960, 1961-1990 (1991-2020), qui définissent la succession des normales climatologiques standards afin d’effectuer des comparaisons entre stations de mesure, entre régions, etc. et entre périodes trentenaires. Le terme de normale prête donc à confusion car il n’a pas le même sens que dans le langage commun. La signification du terme « normal » en climatologie ne préjuge en rien de la distribution normale ou gaussienne de la grandeur considérée. Et cette période de 30 ans qui sert de calcul aux normales s’applique aux échelles spatiales locales, voire régionales à l’origine.
La multiplication des records météo sur Internet
Alors pourquoi voit-on fleurir des records météo de toute sorte et partout ? Des records concernant des variables mesurées hors des stations normées ou des variables non raisonnablement mesurables comme la taille d’un grêlon, la forme parfaite d’un flocon, etc.
Ces records météorologiques mondiaux « non homologués » par l’OMM sont répertoriés depuis 2009 sur le site Internet http://www.recordmeteo.com/. Chacun peut en se connectant y inscrire ses "propres records météorologiques dans la Earthpédia". Parmi les entrées, il convient de préférer l’aire géographique -une liste de pays est proposée : Canada, Etats unis, France, Royaume uni- ou les rubriques thématiques comme tempête, ouragans, neige, niveau des mers, déforestation, Gaz à effet de serre,etc. Faire exister un lieu aux yeux du monde entier n’est pas l’objectif unique puisqu’en plus, se connecter sur ce site et y ajouter des records, permet de faire une bonne action. Plus il y a de membres participants et plus recordmeteo.com fait de dons au World Wildlife Fund. Ce type de site Internet n’est pas rare. En janvier 2011, le moteur de recherche Google, à partir de la requête simple ; « records meteo » (en français et en anglais) proposait 1 220 000 sites. Tous évoquent au moins un record météorologique. Il s’agit de sites ayant trait à la météorologie du lendemain, au climat du passé, voire à l'environnement en général.
Fabriquer un record météorologique est aisé il suffit de changer l’espace ou la durée de référence pour valoriser un lieu inconnu. Par exemple, si un habitant d’un village près de Mouthe se sent écrasé par le record de froid jamais enregistré à basse altitude dans la Petite Sibérie, il tentera de valoriser « son site » en changeant d’espace de référence : le canton le plus froid, le département le plus froid, la région la plus froide, le pays le plus froid, le continent le plus froid. Et si changer d’espace de référence, ne permet pas de parler de « chez soi » alors il faudra trouver un pas de temps adéquat : la seconde de vent la plus rapide, la minute de vent la plus rapide, la dizaine de minutes la plus rapide, l’heure etc. Et si enfin, rien n’y fait, alors on cherchera le météore rare –le grêlon le plus lourd, le grêlon le plus gros, le plus de grêlon au m2, etc…
Existe-t-il alors un livre des records météorologiques mis à jour chaque année ? A notre connaissance non, pas encore ! Il existe bien un Guiness book des records dans lequel sont référencés quelques records météorologiques « mondiaux ». Le Guiness est un « livre de référence », publié une fois par an et recensant une collection de records du monde reconnus au niveau international, prouesses humaines et/ou naturelles. Il a été imaginé il y un demi-siècle, par Sir Hugh Beaver, à la suite d'un différend l'opposant en 1951 à un chasseur : le pluvier doré était-il ou non le gibier le plus rapide d'Europe ? Aucun livre ne lui ayant donné la réponse, son auteur a imaginé un recueil qui réunirait l'ensemble des réponses à ce genre de questions. Quatre ans plus tard, la première édition du Guinness a paru et a été le best-seller de l'année ! Aujourd'hui traduit en 23 langues, il se vend à 3,5 millions d'exemplaires chaque année dans le monde entier. Cette attraction pour le « plus grand, plus loin, plus, plus, plus » est commune à toutes les cultures humaines et d’ailleurs les récits religieux, légendaires magnifient les exploits de héros qui savent vaincre le plus grand froid, la sécheresse absolue, la mer la plus large, la pluie la plus violente, la grêle la plus intense, les nuages de sauterelles les plus denses, etc. Nous vivons dans un culte du grand nombre, de la quantité, destinés à faire toucher du doigt la grandeur d’un objet, d’une personne, d’un lieu… et la météo s’y prête parfaitement !
Météo-passion : "J'adore l'hiver, surtout quand il est très rigoureux, et aussi les orages, la grêle, les cyclones"
C'est ce type de message que s'échangent les internautes sur des sites comme Les fêlés de la Météo, La Météo passionnément ou Les forums d’Infoclimat. Ces météo-manes s’inscrivent en droite ligne dans la mouvance des chroniqueurs, évèques et autres savants amateurs, qui, pendant des siècles, eurent soin de consigner dans leurs chroniques locales ou leurs mémoires tous les événements météorologiques exceptionnels qu’ils avaient vécus dans leur région, en particulier hivers et étés remarquables.Les saisons étaient déjà dans l’air du temps ! Une curiosité remise au goût du jour, recyclée aujourd’hui à nouveaux frais comme annoncé plus haut. Outre sur internet, cette passion – mais le mot convient-il exactement ? - trouve aussi à s’exemplariser avec celle dont font preuve, en France, les observateurs météo bénévoles, rencontrés par notre collègue géographe Christelle Capel, ou encore avec les traqueurs d’orages que sont les créateurs de musées de la foudre, tant en Auvergne (à Marcenat, dans le Cantal) qu’en Suisse.
Qui sont-ils, ces néo-météomanes ? Nous proposons d’appeler ainsi ces internautes pour les distinguer de ceux, tout autant météophiles, qui, eux, prennent la plume : les météo-graphes, qui, toujours jusqu’à aujourd’hui, semblent s’inscrire dans une longue tradition depuis la Renaissance avec le Bourgeois de Paris, la marquise de Sévigné, puis Rousseau et Maine de Biran. On y compte beaucoup d’amateurs, dont un bon nombre se sont équipés ou ont bricolé leur propre petite station météo, mais aussi quelques professionnels de la météo. Peu de femmes. Certains sont très jeunes. Beaucoup indiquent (avouent parfois) que leur passion remonte à l’enfance (« Depuis ma plus tendre enfance »). Une large moitié se disent explicitement assoiffés de « records » ou de « phénomènes violents » au sein desquels la meilleure place revient d’abord aux tornades, tempêtes et autres ouragans ; puis aux orages, éclairs, grêlons, chutes de neige ; leur saison de prédilection étant l’hiver. Enfin, les zones de montagne et de bord de mer sont sur-représentées.
Une telle prédilection pour la violence du ciel et l’exceptionnel s’inscrit, s’explique et semble répondre de façon exemplaire aux différentes fonctions psychologiques reconnues à notre rapport au temps qu’il fait. En effet, comme nous avons pu déjà l’écrire, la météo fait parler et nous permet d’échanger avec autrui ; elle nous autorise à nous plaindre, à râler ; elle surprend, nous étonne ; elle renvoie à notre besoin d’admiration et à notre fascination (souvent secrète) pour la Nature en général. Autant de ressorts individuels éveillés et exacerbés par le recueil puis la mise en circulation, entre tous ces passionnés, de descriptions de météores, de records météo, de relevés, de confidences…
Ce désir de catastrophe – si l’on peut dire, pour faire vite, car il serait trop long de ré-examinier ici cette expression - renvoie aux couples : ordre/désordre, ordinaire/exceptionnel, normal/excessif. L’extrême météo se décline avec ses « qualités » que sont : le danger (« J’ai une prédilection pour les éléments dévastateurs ») ; la force, la violence (« J’aime la virulence de certains orages ») ; la beauté (« J’aime bien voir les orages, surtout la foudre, les beaux éclairs » , « Je suis émerveillé par la neige et tous les débordements atmopsphériques ») ; la rareté et l’anomalie de la survenue de ce que l’on pourrait appeler des « météo-drames » (« 25 à 30 cm. de neige en Charente-Maritime, c’est plutôt rare. C’est pourtant ce qui est arrivé en février 1978», « Cela ne doit arriver qu’une fois dans sa vie », « On n’avais jamais vu ça », « Le Père Noël serait-il en avance cette année ? » ; la vitesse, tout ce qui bouge dans le ciel (« J’ai le syndrôme cyclonique ) ; enfin le dépaysement (« Je suis chasseur d’éclairs dans le nord »). Liste non exhaustive bien sûr. Vivre un météo-drame en temps réel, près de chez soi, à sa porte, dans son jardin ou son quartier, de la jetée en bord de mer ou de son balcon face aux montagnes, et le faire savoir à d’autres sur tout le pays, photos à l’appui, donne de l’importance à l’internaute. Tel un greffier du ciel, mais davantage qu’un témoin ordinaire, en même temps qu’il fait entrer « son » Evénement à lui dans la mémoire collective, le patrimonialisant en quelques sorte, il entre lui-même dans l’Histoire.
« J’adore tout ce qui concerne les catastrophes naturelles, surtout au niveau de l’orage, des ouragans et des tornades ». « J’ai trois passions : le dessin et le jardinage, mais la passion qui me donne le plus d’adrénaline, c’est la météorologe ! Depuis l’âge de 12 ans - j’en ai 18 -, je suis constamment à regarder par la fenêtre, ainsi que les météos de toutes les chaînes et les sites patirculièrement bien faits sur internet. Depuis, j’ai été témoin de phénomènes très impressionnants, en particulier la force du vent ! J’aime voir comment la Nature s’exprime dans ses plus grandes colères ». Ainsi s’affichent et se présentent aux autres, les internautes. En 1990, le site Les fêlés de la Météo réunissait 266 membres (ce sont leurs messages qui sont cités tout au long de notre article), aujourd’hui plus de 10 000 pour les forums d’Infoclimat : il y a encore de beaux jours pour les acharnés du ciel ! Cela rejoint plus largement la popularisation de la météo à l’oeuvre depuis une vingtaine d’années avec sa médiatisation télé et radio, engouement qui trouve aussi à s’exprimer par exemple avec la création de la Chaîne météo sur le modèle américaino (en 1996) ou encore avec le festival de météo (créé en 1991 à Issy-les Moulineaux). Cette passion serait-elle spécifiquement française ? Ou cantonnée aux régions aux saisons marquées et aux zones climatiques soumises plus que d’autres à la variablité ? Cette hypothèse mériterait d’être creusée.
Mais avec la fascination pour l’excès et le record, nous touchons, semble-t-il, à un autre canton de notre imaginaire et de notre rapport à la Nature que celui que sollicitent les temps ordinaires, plus profond, plus universel, comme le montre - et comme évoqué plus haut - l’ancienneté de cette curiosité, inextinguible, faite d’émerveilllement et de peur. Comme dit cet internaute, « la Nature m’impressionne, elle a un pouvoir qu’aucun de nous n’aura jamais ». Plus largement, nous fascine justement l’inhumain, l’extrême, tant les défis humains aux limites de l’endurance et du possible (sportifs en particulier : rappelons-nous Laurence de Laferrière traversant l’Antarctique avec ses chiens de traîneau, ou Gérard d’Abboville l’Atlantique à la rame), que les records géo-climatiques. Nous pensons ici aux fameux « pôles » : du froid (Verkhoiansk, moins 69°8, record disputé dans la même région de Sibérie orientale par la ville de Oimïakon !) ; et du chaud (au sud de Tripoli, El Aziziya, plus 58°). Et, plus modestement, retournons en hexagone, évoquons les cas de Mouthe, dans le Doubs, notre centre officiel du froid ; d’Aurillac, capitale auvergnate du mauvais temps, du moins à en croire les cartes météo télévisées ; ou encore de Briançon et de Nice qui se diputent, par offices de tourisme interposés, le privilège du plus grand nombre d’heures d’ensoleillement annuel. Quant aux météorologues, ils ne sont pas en reste, qui proposent dans leurs manuels des records météo de tous ordres. Nous fascinent aussi les « paysages-catastrophe », comme les nomme le sociologue Jacques Cloarec, que ce soit dans les Landes ou en Bretagne après leurs tempêtes « historiques » et dont témoignent les expositions de photos qui ont suivi.
La météo, les temps sauvages d’aujourd’hui (comme on dit dans le Lot, ou encore temps revoltos au Portugal) ou ceux d’hier, dûment enregistrés, d’un côté ; de l’autre, les climats extrêmes – présumés insupportables - de lieux très lointains, voire improbables : s’opère donc selon les cas un dépaysement de deux ordres, dans le temps et dans l’espace, géographique et météorologique. Dépaysement qui ressort à une fascination quelque peu naïve, voire enfantine, mais qui, apparemment perdure à l’âge adulte, et qui comble, sans nul doute, plus largement, notre besoin d’effroi en même temps que d’admiration.
Il y aurait encore beaucoup à dire sur ce qui nous pousse vers l’exceptionnel, sur cet imaginaire météorologique parfois inavoué dont s’emparent périodiquement tant le cinéma que la littérature. In fine, juste ceci, autour du couple ordinaire/extra-ordinaire. De même que les fluctutations du temps, minimes et ténues d’un jour à l’autre, nous permettent de pouvoir deviser et d’apporter notre commentaire sur le ciel tel qu’il se présente chaque matin (notre version du ciel, notre pierre à l’édifice aléatoire des pronostics !) ; de même les grandes amplitudes des temps extrêmes, en même temps qu’ils sortent de la norme climatique tant décriée à juste raison par les spécialistes ou des fameuses « moyennes », nous font sortir de notre propre ordinaire, celui de nos jours, souvent (trop) prosaïque, chacun, individuellement (et collectivement quand nous devenons internautes). Ils nous permettent d’échapper à la banalité d’un « 12 degrés-pluie fine », d’éviter ce que j’appelle le « temps du quinze novembre », vous savez, ces jours gris, bas et poisseux où l’hiver n’est pas encore déclaré, on est en demi-saison, ce pourrait tout aussi bien être le mois de mars.
Un peuple heureux n’a pas d’Histoire, dit-on. Tout aussi bien, un ciel heureux n’aurait pas d’Histoire. « Pas d’hiver, quelle misère ! », écrit un romancier québecois.
Références
Christelle Capel, « Qui sont les observateurs bénévoles de Météo-Frence ? », Ethnologie française, 2009/4, « Météo. Du climat et des hommes » », p. 631-638
Jacques Cloarec, « Le paysage-catastrophe : symboles et réalités », Etudes rurales, « Crise du paysage ? », 1989/3, p. 299-303
Henri-Pierre Jeudy, Le désir de catastrophe, Paris, Aubier, 1990
Jacques Kessler et André Chambraud, Météo de la France. Tous les climats localité par localité, Paris, J C Lattès, 1990
Natalie Magné, « Le catastrophisme cimatique dans le cinéma grand public », Ethnologie française, 20009/4, p . 687-696
Le Messager Genevois, 8 septembre 2011, « Archamps : il court a planète pour prendre en photos les orages et les tornades »
Solange Pinton, « Les humeurs du temps. Journal d’un paysan de la Creuse », Ethnoloige française, 2009/4, p. 587-598
Martin de la Soudière, Au bonheur des saisons. Voyage au pays de la météorologie, Paris, Grasset, 1999
Tempêtes sur la forêt landaise, histoires, mémoires, L’Atelier des Bisants, Parc naturel régional des landes de Gascogne, 2011
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